Le libéralisme est une longue tradition qui s’est édifiée, enrichie et alimentée des travaux, des œuvres et de l’action d’un certain nombre de personnalités qui, chacune à leur manière, ont combattu à leur époque pour développer et défendre les libertés. Nous voulons ici rendre compte de ces combats menés au nom de convictions libérales.
Ces personnes ne sont pas uniquement des théoriciens. Sans l’action et le courage de mettre les idées en pratique, une théorie, aussi belle et cohérente soit elle, demeure lettre morte.La doctrine ne dit pas tout. Elle énonce des principes et des valeurs. Il faut aussi une sensibilité, un flair, une intelligence des évènements pour les mettre en œuvre et inventer des solutions qui s’en inspirent de façon à résoudre les problèmes spécifiques à chaque période. Le libéralisme ne peut vivre sans l’inventivité de ses promoteurs sur le terrain.
Fidèles à leur volonté de lutter pour proclamer l’existence des libertés, philosophes, économistes et intellectuels ont parfois sacrifié leur tranquillité voire payé de leur vie leur acharnement pour la liberté. Et ce parce qu’ils irritaient le pouvoir en place, que ce dernier soit royal ou religieux. Mais il est aussi des hommes qui se sont saisis de ces théories et ont entrepris d’agir au nom de ces dernières. Leur héroïsme ne fut pas moins grand car ils n’ont pas hésité à mettre en péril leur carrière politique et leur crédibilité. Il n’est pas facile de dire à l’homme qu’il lui appartient de se prendre en main, de se montrer responsable et acteur de son propre destin. Il est infiniment plus facile de désigner un ennemi de classe, de proclamer de grands idéaux salvateurs et promettre des lendemains utopiques.
Le libéralisme a une dimension politique, économique et philosophique. Quiconque entreprend d’étudier l’un ou plusieurs de ces aspects s’aperçoit rapidement qu’il n’y a pas «une» doctrine orthodoxe. La tradition libérale est riche et diversifiée. C’est une famille dont les membres ont chacun leur sensibilité et leur perception du monde.
A ce titre, il nous paraît intéressant de présenter brièvement un certain nombre de personnalités qui, d’une façon ou d’une autre, ont fait progresser le libéralisme. Certains sont peu connus mais ils témoignent d’une époque riche en enseignements. Cela prend la forme d’une courte biographie s’efforçant de resituer le sens du combat de ces individualités de forte stature. On aimerait que le récit de leur engagement serve d’exemple à tout un chacun.
Pierre-Théodore VERHAEGEN - En savoir plus

Pierre-Théodore VERHAEGEN est né à Bruxelles le 5 septembre 1796.
Avocat près de la cour d'appel de Bruxelles, Pierre-Théodore Verhaegen devient en 1825 bourgmestre de Watermael-Boitsfort, et bien qu’il reste éloigné des événements révolutionnaires de 1830, il retrouve cette fonction au lendemain de l'indépendance. Il l’a conservera jusqu’en 1842.
En 1834, dans la foulée d’Auguste Baron, il apparaît comme le principal acteur de la fondation de l'Université Libre de Belgique, future Université Libre de Bruxelles, institution au sein de laquelle il enseigne le droit.
En 1836, il est élu au Conseil provincial du Brabant, qu’il quitte dès 1837 lorsqu’il est élu député de l'arrondissement de Bruxelles. Il travaille alors à l'organisation électorale de la famille libérale et, à son initiative, les maçons de trois loges bruxelloises constituent, en 1841, la Société de l'Alliance, une association électorale rapidement ouverte aux profanes, qui contribuera à la convocation, en janvier 1846, du premier Congrès libéral.
Promoteur de cette société, il en deviendra le principal détracteur, dès novembre 1846 en raison de son orientation politique jugée trop progressive et républicaine. Il fonde alors une société rivale, l'Association Libérale de Bruxelles, devenue par la suite Association Libérale et Union Constitutionnelle de Bruxelles, structure qu'il présidera à diverses reprises. VERHAEGEN est alors considéré comme un des plus fermes soutiens des gouvernements libéraux s’appuyant sur les milieux politiques doctrinaires. Il sera vice-président de la Chambre à trois reprises (1847-1848, 1848-1852 et 1857-1859). En juin 1859, s’oppose au ministre libéral Walthère Frère-Orban sur la politique militaire menée par le gouvernement à la demande du Roi Léopold Ier. Il quitte la Chambre, mais reprend très vite la tête de l'Association Libérale et Union Constitutionnelle de Bruxelles et poursuit son combat politique contre le gouvernement. Devenu un allié des milieux libéraux progressifs de la capitale, il travaille à la formation d’une liste destinée à concurrencer celle des libéraux doctrinaires. Il n’en aura pas le temps: il s'éteint en décembre 1862.
Pierre-Théodore Verhaegen demeure un symbole du combat livré par les milieux libéraux pour obtenir l'indépendance du pouvoir civil au sein du jeune Etat belge. Comme la plupart des libéraux belges de l’époque, il est anticlérical et non antireligieux.
Il décède à Bruxelles le 8 décembre 1862.
Iconographie : Pierre-Théodore Verhaegen, président de la Chambre, en 1857.
Ouvrages biographiques conseillés:
Pierre-Théodore Verhaegen. L'homme, sa vie, sa légende. Bicentenaire d'une naissance, ULB, 1996.
TORDOIR, Jh., Verhaegen, aîné. Président de l'Association Libérale et Union Constitutionnelle de l'arrondissement de Bruxelles, Archives Libérales Francophones, 1997.
Il est lui-même devenu Vénérable Maître de la loge maçonnique bruxelloise des Amis Philanthropes
Biographie de Pierre-Théodore VERHAEGEN
Walthère FRERE-ORBAN - En savoir plus
Walthère Frère est né à Liège le 24 avril 1812.
Docteur en droit de l'Université d'Etat de Louvain, Walthère Frère devient avocat auprès de la Cour d'Appel de Liège en novembre 1832. Son mariage avec Claire, Hélène Orban, le fait entrer dans une famille d'industriels liégeois disposant d'une très grande influence.
Elu conseiller communal de Liège en 1840, il figure, en 1845, parmi les principaux collaborateurs du Journal de Liège et de la Province. A l'époque, il cesse de fréquenter les travaux de la loge maçonnique liégeoise de La Parfaite Intelligence et l'Etoile Réunies. Secrétaire de l'Association Libérale de Liège, il participe comme délégué au Congrès Libéral du 14 juin 1846, congrès dont il avait combattu le programme provisoire déjà jugé trop avancé au goût des libéraux doctrinaires liégeois. Il sera élu député de l'arrondissement de Liège en août 1847, et réélu jusqu'en octobre 1893, époque de la première application du suffrage universel tempéré par le vote plural. Il fut nommé ministre d'Etat dès juin 1841.
Durant toute sa carrière parlementaire, Frère-Orban appartient à la mouvance «libérale doctrinaire», dont il devient d’ailleurs le leader incontesté durant les années 1870. Il s’opposera ainsi violemment à Pierre-Théodore Verhaegen (1859 à 1862) et, en certaines occasions, à Charles Rogier. Il restera l'adversaire implacable de Paul Janson et des libéraux progressistes partisans du suffrage universel.
Il entame sa carrière ministérielle en août 1847 comme ministre des travaux publics dans le cabinet constitué par Charles Rogier. En juillet 1848, il récupère également le portefeuille des Finances et mène de front les deux activités ministérielles jusqu'en septembre 1852. A nouveau appelé au portefeuille des Finances en novembre 1857, il exerce à nouveau, à titre provisoire, les fonctions de ministre des Travaux Publics, entre le mois d'octobre 1858 et le mois de janvier 1859. Voyant sa politique durement combattue par les amis de Pierre-Théodore Verhaegen, il abandonne le portefeuille des Finances en juin 1861, mais le récupère quatre mois plus tard.
Entre octobre 1861 et janvier 1868, son influence au sein du gouvernement de Charles Rogier ne cesse de croître, alors qu’il bénéficie encore de la confiance royale, et d’un aura exceptionnel lié a sa politique financière (création de la Caisse Générale d'Epargne et de Retraite et du Crédit Communal, abolition des octrois, etc.). En janvier 1868, il succède à Rogier à la tête du gouvernement, mais ne résiste pas à une série de revers électoraux successifs essuyés par des libéraux ministériels et progressifs, particulièrement divisés. Son cabinet chute en juillet 1870.
En juin 1878, il prend la tête du grand ministère libéral qui devra traverser la tempête de la guerre scolaire. Chef de cabinet et ministre des Affaires Etrangères jusqu'en juin 1884, il est définitivement écarté des bancs ministériels à la suite de la défaite électorale du mois de juin 1884.
Il décède à Bruxelles le 2 janvier 1896.
Ayant parfaitement incarné le doctrinarisme politique de son époque, on peut penser que sa disparition facilita le rapprochement entre les différentes nuances du libéralisme belge durant les dernières années du 19ème siècle.
Iconographie : Walthère Frère-Orban, vers 1860.
Biographie de Walthère FRERE-ORBAN
Paul JANSON - En savoir plus
Paul JANSON est né le 11 avril 1840 à Herstal.
Il devient docteur en philosophie et lettres (1859) et en droit (1862) de l'Université Libre de Bruxelles, puis débute son combat politique au sein du Meeting Libéral, une société électorale libérale fondée à Bruxelles en 1863 par les milieux libéraux progressistes. Il se distingue par son engagement en faveur d'une large réforme du système électoral et de la disparition du régime censitaire. Cet engagement, qui ne sera jamais démenti, l’amène à fréquenter diverses organisations proches des milieux socialistes, comme la Ligue Républicaine, l'Association Internationale des Travailleurs, ou encore la Ligue du Peuple dont il signe d’ailleurs le manifeste en février 1867. Sans doute JANSON serait-il devenu une figure importante du mouvement socialiste s'il n'avait été aussi viscéralement opposé au concept de la lutte des classes.
C’est finalement en tant que député libéral de l'arrondissement de Bruxelles qu’il entre au parlement en avril 1877. A partir de décembre 1881, il assume la présidence de l'Association Libérale et Union Constitutionnelle de Bruxelles. Il continue par ailleurs de s’investir dans la campagne en faveur de la réforme électorale et, en mai 1882, il fonde et préside la Ligue Nationale de la Réforme Electorale. Un an plus tard, avec cinq autres députés libéraux, il dépose à la Chambre sa première proposition de loi réclamant la révision de l’article 47 de la Constitution.
Cette «proposition des six» consacre la division du monde libéral entre «libéraux progressistes», minoritaires, et le gouvernement «libéraux doctrinaire», représentés au gouvernement dirigé par Walthère Frère-Orban. Le gouvernement est renversé en juin 1884 et Janson n’est pas réélu.
Il devient alors conseiller de la Ville de Bruxelles en octobre de la même année et entreprend de mettre sur pied une grande Fédération progressiste ouverte aux libéraux partisans d'une réforme électorale et de grandes réformes sociales. C’est ainsi que se tient les 29 et 30 mai 1887 à Bruxelles, sous sa présidence, le premier Congrès Libéral progressiste de Belgique. Fin décembre 1890, la Fédération Progressiste inscrit officiellement à son programme l'octroi du suffrage universel pur et simple. Il mobilise également sa loge maçonnique des Vrais Amis de l'Union et du Progrès Réunis, à laquelle il appartient depuis février 1878.
Il retrouve son siège de député de l'arrondissement de Bruxelles le 3 juin 1889, avec le soutien de la plupart des milieux libéraux. Il siège au milieu du groupe du suffrage universel, minoritaire au sein de chambres constituantes majoritairement acquises à l'opinion catholique. Confronté à des troubles politiques, le parlement s'accorde, en 1893, sur l'introduction du suffrage universel, mais tempéré par le vote plural. Janson considère qu'il ne s'agit que d'une étape sur la route du suffrage universel pur et simple.
En 1894, les premières élections organisées sous le régime plural ne lui sont guère favorables, et il perd son siège et doit se contenter d’un siège de sénateur provincial grâce aux progressistes liégeois. Il retrouve la Chambre six ans plus tard, grâce à l'entrée en application du principe de la représentation proportionnelle, et dans la foulée, il devient un des promoteurs de l'Union des Gauches Libérales de la Chambre et du Sénat.
Par des prises de position modérées, il travaille à la pacification des différends existant entre les deux ailes de l'opinion libérale. Il patronne les grands cartels électoraux (notamment celui de 1912) groupant libéraux et socialistes dans l'espoir de renverser la majorité catholique au pouvoir depuis 1884. En tant que président du groupe libéral de la Chambre, il aurait dû accéder à la direction bicéphale du premier Conseil National du Parti Libéral, mais sa santé chancelante l’en a finalement empêché. Il décède le 19 avril 1913 à Saint-Gilles.
Dans l'histoire politique belge, Paul Janson, nommé ministre d'Etat en août 1912, reste l'homme de la conquête du suffrage universel.
Photographie : Paul Janson, vers 1890.
Travaux biographiques conseillés:
DELANGE-JANSON, L., Paul Janson (1840-1913). Sa vie généreuse, son œuvre, 2 tomes, Bruxelles, 1962.
TORDOIR, Jh., Paul Janson (1840-1913). Un libéral à la conquête du Suffrage Universel, Archives Libérales Francophones, 1999.
François BOVESSE - En savoir plus
François BOVESSE est né à Namur le 10 juin 1890.
Il milite au sein des milieux libéraux namurois dès 1908 et rejoint en 1913 la Ligue Wallonne de l'arrondissement de Namur. Il devient encore secrétaire de la Jeune Garde de Wallonie, et fonde l'hebdomadaire Sambre et Meuse, qui devient l'organe du Mouvement wallon. Il est par ailleurs proclamé Docteur en Droit (1914) de l'Université de Liège en 1914.
Après la première guerre mondiale, il s'inscrit comme avocat au barreau de Namur et entame, en 1921, une carrière de municipaliste (Il deviendra ainsi en 1927 Echevin des Beaux-Arts de la cité mosane). Il est élu la même année député libéral de l'arrondissement de Namur, perd son siège en 1925, mais retourne à la Chambre en 1929. Dès 1930, confronté aux réalités politiques belges, BOVESSE se déclare favorable à l'unilinguisme régional.
Il devient ministre des PTT en mai 1931, et fait notamment reconnaître Radio-Wallonie, pour laquelle il obtient un temps d'antenne sur les ondes de l'INR. Il détient ensuite les portefeuilles de la justice (juin 1934-mars 1935), puis de l'instruction publique, des lettres et des arts (mars 1935-juin 1936), et de nouveau la justice (juin 1936-avril 1937). Au sein du gouvernement belge, BOVESSE est considéré comme l'homme de la Wallonie. Il défend d’ailleurs des positions politiques assez proches de celles du Mouvement wallon de l’époque. Ministre de la Justice, il s’imposera comme un des plus fermes opposants au mouvement rexiste, et n’abandonnera son portefeuille ministériel qu’en avril 1937, une fois l'écrasement électoral des listes rexistes acquis. Il devient alors Gouverneur de la province de Namur, et sera démis de ses fonctions par l'occupant en 1940.
Frère de la loge maçonnique namuroise La Bonne Amitié, emprisonné à diverses reprises, il est finalement assassiné par des collaborateurs à Namur le 1er février 1944.
Iconographie : François Bovesse, vers 1930.
Travaux biographiques conseillés:
KESTELOOT, Ch., et GAVROY, A., François Bovesse. Pour la défense intégrale de la Wallonie, Institut Jules Destrée, Collection «Ecrits politiques wallons», Namur, 1990.
GAVROY, A., François Bovesse, 1890-1944. Itinéraire et pensée politiques, Bouge, 1990.
Biographie de François BOVESSE
Roger MOTZ - En savoir plus
Ingénieur, homme politique libéral, belge et européen; ministre d’Etat né à Schaerbeek le 8 juillet 1904 et décédé à Bruxelles, le 27 mars 1964.
Ingénieur civil des Mines, de l’Université Libre de Bruxelles (1926), Motz, dès l’année 1924, avait figuré parmi les membres du Cercle des Etudiants Libéraux, et était devenu, la même année, le président de l’Association Générale des Etudiants de l’Université Libre de Bruxelles. Entre 1925 et 1930, il figura au rang des principaux dirigeants de l’Union Nationale des Etudiants de Belgique et de la Confédération Internationale des Etudiants – regroupant des associations estudiantines crées dans près de trente pays différents.
Placé dans le sillage du Schaerbeekois Fernand Blum, Motz exerça la présidence de la Jeune Garde Libérale de Schaerbeek (1928-1938) ainsi que celle de la Fédération des Jeunes Gardes Libérales de l’arrondissement de Bruxelles (jusqu’en 1937). En 1932, il était un des quatre vice-présidents de la Fédération Nationale des Jeunes Gardes Libérales. Elu conseiller communal en 1932 – mandat qui allait lui être renouvelé à différentes reprises jusqu’en fin d’année 1958 -, il s’était immédiatement intéressé à la propagande politique. Il était notamment devenu le directeur politique du journal La Liberté, feuille adressée aux 20.000 membres des Jeunes Gardes Libérales belges.
Libéral progressiste quelque peu éloigné de la ligne libérale conservatrice définie par Paul Hymans, Motz, dès le mois de mai 1934, avait été appelé à repenser le programme financier et économique du Parti Libéral. Membre du bureau de son Conseil National, il avait été un des principaux animateurs des Journées libérales des 7 et 8 décembre 1935, durant lesquelles le parti avait adopté une ligne politique très sociale. L’année suivante, membre du comité permanent de propagande du Conseil National, il s’engagea dans la vaste campagne anti-rexiste qui entraîna la chute de Léon Degrelle. Vice-président du Conseil National Libéral, depuis juillet 1937, il fut élu député de Bruxelles en avril 1939. Très actif dans le domaine de la lutte anti-nazie, spécialement dans le domaine de la radiophonie, il publia, en mai 1944, un essai politique – Essai sur une doctrine libérale nouvelle – inspiré par doctrine sociale développée en Angleterre par sir William Beveridge. Fin novembre 1944, il fut appelé à exercer la présidence provisoire du Conseil National du Parti Libéral et, le 23 juin 1945, fut officiellement investi de ces nouvelles fonctions. Ecarté de la Chambre en février 1946, il entra immédiatement au Sénat en tant que sénateur provincial.
En octobre 1950, bien que fortement critiqué par beaucoup de libéraux flamands en fonction de ses prises de position anti-léopoldistes, Motz – initiateur de la Charte du Libéralisme contemporain (1947) -, avait été réélu à la présidence du Parti Libéral mais avait accordé de plus en plus d’importance aux affaires internationales. En 1947, il avait été un des fondateurs de la Ligue Indépendante de Coopération Européenne et, en mai 1948, avait assisté au Congrès de l’Europe, organisé à l’initiative du Comité International de Coordination pour l’unité Européenne. Le Mouvement Européen avait été constitué à cette occasion et la vice-présidence de la section belge de celui-ci lui était revenue. L’année suivante, il avait été désigné pour figurer parmi les membres de la première délégation belge destinée à siéger au sein de l’assemblée consultative du Conseil de l’Europe. Au sein de la famille libérale, Motz avait également été un des promoteurs du principe d’une organisation à l’échelle européenne et internationale. La Déclaration de Bruxelles, signée le 16 juin 1946, avait été suivie d’un grand congrès organisé à Oxford, du 9 au 14 avril 1947, au cours duquel avait été fondée l’Internationale Libérale. L’année suivante, l’Union Mondiale Libérale avait vu le jour à Zurich. Durant le week-end des 5 et 6 juin 1952, Motz avait été élu président l’Internationale Libérale. Quelques jours plus tard, il avait également été appelé à la tête du Mouvement Libéral pour l’Europe Unie et, en mai 1953, était devenu le vice-président du premier groupe libéral constitué au sein de l’assemblée consultative du Conseil de l’Europe.
Motz abandonna la présidence du Parti Libéral en début d’année 1953, mais se maintint à la présidence de l’Internationale Libérale jusqu’en fin d’année 1958. Ministre des Affaires économiques de janvier à juin 1958, il figura, en novembre 1958, parmi les signataires du Pacte Scolaire, mais se refusa à postuler un nouveau mandat ministériel dans le gouvernement social-chrétien / libéral installé aux affaires à la même époque. Réélu président du Parti Libéral en décembre 1958, il avait été nommé Ministre d’Etat à la même époque. Conscient de l’importance des conséquences politiques du Pacte Scolaire, il avait défendu la notion de tolérance religieuse dans le cadre du respect des libertés individuelles. Déçu par le résultat de ces élections législatives de mars 1961, il avait laissé la direction du parti à un homme partageant ses options politiques. Omer Vanaudenhove s’était alors lancé dans les travaux de fondation d’un nouveau parti du centre, libéral et progressiste. Le Parti de la Liberté et du Progrès (PLP), créé les 7 et 8 octobre 1961, dont présidence d’honneur avait été unanimement attribuée à Motz.
A l’époque de son décès, il était toujours sénateur coopté, membre du parlement européen et exerçait depuis 5 ans, la présidence du Conseil d’administration du Crédit Communal de Belgique. Durant les années ’30, Roger Motz avait été initié au sein de la loge des Vrais Amis de l’Union et du Progrès Réunis, à l’Orient de Bruxelles.
Orientation biographique:
EVENEPOEL, P., Biografie van Roger Motz, Gand, RUG, 1985-1986, en 3 volumes (travail réalisé dans le cadre du cours d’encyclopédie de la science politique)
TORDOIR, Jh., Roger Motz (1904-1964). Une figure du libéralisme belge et européen, Archives Libérales Francophones, 2004, 74 pages.
Jacques VAN OFFELEN - En savoir plus
Jacques Van Offelen naquît à Isleworth (Angleterre), le 9 octobre 1916, de parents anversois. Né au sein d’une famille libérale, Docteur en Sciences Economiques (1943), cette personnalité brillante s’intéressa rapidement aux questions politiques. Dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il fut recruté par le ministre des Colonies – le libéral anversois Robert Godding -, qui lui confia le secrétariat de son cabinet ministériel (1945-1947). Quelques années plus tard, Albert Devèze, vice-premier ministre et ministre de la Défense, en fit, quant à lui, son chef de cabinet (1949-1950). A ce titre, et en tant que proche collaborateur des différents ministres libéraux de l’époque, il vécut de très près les moments forts du dénouement de la «Question Royale» (voir VAN OFFELEN, J., Les libéraux contre Léopold III, Editions Hatier, 1988). En avril 1954, Jean Rey, nouveau ministre des Affaires Economiques, s’attacha, à son tour, sa collaboration. Van Offelen fut maintenu dans ses fonctions de chef cabinet lorsque celui-ci passa la main au Bruxellois Roger Motz. Il ne les abandonna qu’au terme de la participation gouvernementale libérale, en juin 1958.
En cette année 1958, la carrière politique de Jacques Van Offelen connut un nouveau virage. Elu président de la Fédération Libérale de l’arrondissement de Bruxelles en février, il entra au parlement en juin, en tant que député du même arrondissement. Son expérience politique et professionnelle – il avait enseigné les matières économiques à l’Institut Universitaire des Territoires d’Outre-Mer -, fut largement mise à profit par ses amis puisqu’en novembre 1958, on lui attribua le portefeuille du Commerce Extérieur au sein du gouvernement Gaston Eyskens III. Il était encore ministre à l’époque de sa chute, en mars 1961. Dans les mois qui suivirent, il prépara, avec Roger Motz et Omer Van Audenhove, la transformation du Parti Libéral en Parti de la Liberté et du Progrès. Il s’identifiait parfaitement à la ligne unitariste du PLP, officiellement créé en octobre 1961. Spécialiste des questions économiques au sein du parti rénové, on eut encore recours à lui, en mars 1966, lors de la formation du gouvernement Vanden Boeynants – De Clercq. Il détint le portefeuille des Affaires Economiques jusqu’en février 1968. Ce fut là sa dernière participation gouvernementale.
Il devient bourgmestre d’Uccle à la suite des élections communales du mois d’octobre 1964, et se consacra pleinement à la gestion de sa commune jusqu’en 1981, lorsqu’il abandonna ses fonctions mayorales et la vie politique active. Les graves divisions qui frappèrent les libéraux bruxellois à la fin des années ’60 et au début des années ’70, ne l’empêchèrent nullement de garder son siège de député libéral de l’arrondissement de Bruxelles jusqu’en 1977. En avril de cette même année, il fit ensuite son entrée au Sénat, où il siégea jusqu’en novembre 1978. On notera également, que Jacques Van Offelen fut notamment un des délégués de la Belgique au sein du Parlement Européen (1965-1966 et 1968-1971) et qu’il siégea évidement au sein du Conseil Culturel de la Communauté française (1970-1978).
Toujours passionné par les questions politiques et économiques, cette personnalité importante du libéralisme belge s’est éteinte le 21 février 2006.
Source:
Jacques Van Offelen dans GAUS, H., Politiek biografisch lexicon. Belgische Ministers en Staatssecretarissen, 1960-1980, Antwerpen, 1989, pp. 1204-1211
Biographie de Jacques VAN OFFELEN
Simone VEIL - En savoir plus
Née le 13 juillet 1927 à Nice, fille d'un architecte, Simone Jacob est d'origine juive. Déportée avec sa famille en mars 1944 au camp de concentration d'Auschwitz-Birkeneau. Elle en est la seule survivante avec sa soeur. Elles sont libérées le 27 janvier 1945. En 1946, elle épouse Antoine Veil, futur collaborateur de Michel Debré et membre fondateur du Centre démocrate. Ils auront trois enfants.
Licenciée en droit et de l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Paris, elle entre dans la magistrature où elle mène sa carrière jusqu'en mai1974, lorsque le Président Valéry Giscard d'Estaing lui confie le poste de ministre de la santé. Elle fait adopter par l’Assemblée nationale un projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), qui dépénalise l'avortement. L’adoption de cette loi sur l’IVG consacre une étape importante dans le combat pour l’émancipation de la femme, et contribue à faire de Simone Veil la personnalité politique la plus populaire de France.
Elle quitte le gouvernement en mars 1979 pour conduire, à la demande du Président Valéry Giscard d'Estaing, la liste «Union pour la France en Europe» (constituée de candidats du nouveau parti Union pour la démocratie française, mais ouverte à de nombreux candidats indépendants) lors des premières élections européennes. En juillet 1979, elle devient la première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel, et jouera un rôle primordial dans l’affirmation du PE comme acteur de l’intégration européenne. Réélue au PE en juin 1984 (elle conduit la liste unique d’union de l’opposition qui obtient plus de 43 % des voix) puis en juin 1989, elle assume la présidence du groupe libéral pour la législature 1984-1989.
Elle quitte le PE en mars 1993 pour devenir ministre d'État, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville dans le gouvernement dirigié par Edoudard Balladur . Elle quitte cette fonction en mai 1995, et devient membre du Haut Conseil à l'Intégration, puis en mars 1998, membre du Conseil constitutionnel, ce qui ne l’empêche pas de s’engager en faveur du «oui» au referendum du 29 mai 2005 sur le projet de Constitution européenne. Elle est par ailleurs présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah.
Orientation bibliographique:
Contributeur: Thierry Coosemans
Adolfo SUAREZ - En savoir plus
Né le 25 septembre 1932 à Cebreros, dans la province d'Ávila, Adolfo Suárez González fut un acteur essentiel de la transition démocratique espagnole.
Bien qu’ayant réalisé toute sa carrière dans le «Mouvement National» franquiste, dont il fut le secrétaire général, il est désigné premier ministre en juillet 1976 par le roi Juan Carlos. Inconnu du grand public et âgé de 43 ans à peine, il entreprend de démanteler les structures franquistes et fait adopter en 1978 une nouvelle constitution qui consacre l’avènement de la démocratie.
Plus symboliquement, Adolfo Suarez reste le seul homme politique à être resté assis aux Cortès lors de la tentative de Coup d’Etat du 23 février 1981.
Dans la perspective des premières élections démocratiques du 15 juin 1977, il fédère au sein d’un nouveau parti, l’Union démocratique du centre (UCD), une dizaine de petits partis de filiation démocrate-chrétienne, libérale et social-démocrate, au profit d’un modèle de société qui s'inspire à la fois du personnalisme, d'une vision libérale progressiste et pluraliste de la vie et la culture, et d'un humanisme qui assume les valeurs humanistes et éthiques de la tradition chrétienne.
Ainsi, alors que le libéralisme en Espagne peut faire état d’un ancrage relativement ancien, les partis se revendiquant explicitement «libéraux» (comme la Fédération des partis démocrates et libéraux, futur Parti Démocrate Libéral) intègrent une structure plus large entièrement dévouée à Adolfo Suarez.
Bien que conforté par la nouvelle victoire de l’UCD aux législatives de 1979, Adolfo Suarez surprend l’ensemble de la classe politique espagnole en démissionnant de son poste de premier ministre en février 1981. Touchée par l'usure du pouvoir et le départ, mal expliqué aux électeurs, de Suarez, son leader charismatique, l’UCD se révélera incapable de surmonter son manque de consistance idéologique. Le parti implose et l’essentiel de ses cadres et militants se reportera vers l’Alliance Populaire (futur Parti Populaire) et, dans une moindre mesure, sur le parti socialiste PSOE.
Convaincu qu’il existe sur l’échiquier politique une place suffisante pour un parti «centriste» (mais non explicitement «libéral»), Adolfo Suarez fonde en 1982 le Centre démocratique et social (CDS). Les premières participations électorales du CDS sont plutôt médiocres. Mais lors des législatives de 1986, l'électeur semble - enfin - donner raison à Adolfo Suarez en lui accordant 9.6% des suffrages et dix sièges au Parlement. Il confirme ce résultat lors des municipales de 1987, où il s'affirme comme la troisième force politique du pays. Il améliore encore son score et atteint son maximum historique lors des élections européennes de juin 1987, où ses 10.2% des voix lui permettent d'envoyer sept députés au Parlement européen.
Lors des élections législatives du 29 octobre 1989, le CDS chute de 9.1% à 7.9% et perd 5 sièges (il passe de 19 à 14 sièges). Il confirme ainsi le recul déjà affiché lors des européennes de juin 1989, où il passe de 7 à 5 députés (avec 7.2% des voix). Les députés européens du CDS rejoignent le groupe Libéral, Démocratique et Réformateur du PE.
En 1991, Adolfo Suárez se retire de la vie politique espagnole pour se consacrer entièrement à son cabinet d'avocat et à ses fonctions au sein de l'Internationale Libérale.
Orientation bibliographique
Contributeur: Thierry Coosemans







